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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 05:36

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Un ouvrage court (120 pages) qu'on n'a assez rapidement plus envie de lâcher !

 

Le côté témoignage sur l'immigration algérienne m'avait fait acheté ce livre, en même temps qu'un belle pile d'autres. Puis, en "concurrence" avec les autres livres, j'avais un peu hésité à me mettre à celui-ci. Enfin son tour est venu mais l'enthousiasme était parti.

 

"Assez rapidement" : cela ne met pas très longtemps mais on n'est pas immédiatement captivé. Oh, ce n'est pas très long. Cinq, six pages. Une dizaine tout au plus.

 

Alors on est vraiment conquis ! Ce qui fonctionne très bien, c'est le duo entre le volet "témoignage sur l'Algérie et l'immigration" et le volet plus intimiste sur les relations "père-fils" (et plus largement sur la façon d'être père).

 

La forme de l'ouvrage est a priori déconcertante mais finalement très efficace : le fils s'adresse directement au père et le lecteur suit ce qui est en quelque sorte une longue lettre au père. On est alors placé au coeur du sujet sans que jamais çà ne tombe dans une sorte de voyeurisme ou un ton larmoyant ou tout autre écueil sur lequel cette forme et le thème pouvaient facilement amener.

Cette évocation du père est vraiment superbe. Peut-être encore plus belle que sur des ouvrages que j'avais également particulièrement appréciés comme Les trois lumières (relations avec les parents) ou La légende de nos pères (sur les pères mais un peu moins "généraliste" sur ce thème).

 

J'en reviens à ce qui avait motivé l'achat, l'immigration algérienne.

 

Ce thème m'a toujours intéressé, concerné. Non pas directement, je n'en suis pas issu. Mais simplement par sa proximité, à de multiples égards : dans ma banlieue d'origine (avec notamment ce surprenant foyer Sonacotra), dans mes promenades (à Marseille ou ailleurs), dans mes relations amicales, familiales ou professionnelles, dans mes minuscules petits combats contre le racisme.

 

Dans ce livre, ce sont trois générations qui sont concernées par les relations franco-algériennes. Pas de grand discours, pas de grandes théories. Des faits, sur trois générations et toute une vie. La force du propos est tirée du vécu sur ce long terme.

 

Pas de position manichéene. Juste des constats. Des constats que nous pouvons tous faire ou presque. Mais sans les vivre de l'intérieur. C'est en quelque sorte une simple confirmation. Simple mais diablement efficace.

 

Avant de vous livrer quelques passages de ce livre, je termine avec une certitude : je vais voir quels autres ouvrages a écrit cet auteur car j'ai vraiment apprécié ce double côté social et individuel. Probablement ce que je vais retrouver dans Retour vers Killibegs que je viens de commencer.

 

 

  "Depuis l'enfance tu nous regardes grandir, avec si peu de gestes d'affection. Pris par l'instant qui file, vous pensiez que la tendresse était innée, qu'elle n'avait pas besoin, pour se transmettre, de regards, d'attention, de mots simples, d'un filet de voix calme.[ ]. Nous nous chamaillons entre frères, sans nous inquiéter de ce manque d'échange avec les parents, le trouvant naturel au bout du compte. Une forme de manque d'amour dont nous ne nous remettrons jamais."

 

"Ainsi, à l'époque de l'arrivée en ville, les enfants les plus jeunes découvrent les cages d'escalier, les soirées animées sur les pelouses des parcs. [ ]. Trouvant à la rue plus d'attrait qu'un repas en famille, ils apprendront les codes d'une nouvelle jungle, les petites combines et leurs dangers"

 

"Vous étiez désignés terroristes, en chacun d'entre vous on voyait un artificier à la solde du FLN, un agitateur politique. La confiance s'est étiolée, plus rien ne sera possible. En voulant vous maintenir dociles, ils ont fait de vous un troupeau abreuvé de rancune."

 

"C'est triste une main d'homme qui n'a jamais tenu un livre entre ses doigts"

 

"J'aurais voulu que tu me montres, un jour de connivence, une photo longtemps dissimulée, en me disant que là, quelques jours dans ta vie, tu ne fus ni miséreux, ni soldat, ni travailleur de force, mais simplement un homme avec de la douceur au bout des doigts".

 

"Aujoud'hui ces orateurs parcourent les barres d'immeubles, sèment [les paroles] de l'interdit et de la soumission. Pendant que les pères surveillent leurs filles, lems garçons leurs échappent"

 

Bon, je m'arrête là. Il n'y a que l'embarras du choix pour les citations !

 

 

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commentaires

L. HATEM 04/01/2013 06:52


Pourquoi ? Je donne ma langue au chat...

ASTOR 04/01/2013 14:03



Eh, bien, je n'en ai aucune idée.


Sur Lyon, l'équivalent se situe face au seul pont qui existait il y a fort longtemps. Les italiens par exemple attendaient là qu'ils puissent entrer dans Lyon. Les entrants dans Lyon se sont donc
succédés dans ce quartier qui est resté un quartier où se cotoient des flux plus récents.


A proximité se concentrent les magasins de meuble parce qu'à l'origine les bateaux débardaient là, dans un port naturel, leur bois acheminé par le Rhône.


L'urbanisme et les origines historiques : passionnant !



L. HATEM 03/01/2013 19:57


Un algérien disait à un français :


- rendez-nous l'Algérie !


Le français répond :


- rendez-nous Barbès !


MDR :o)


Bonne soiré Astor.

ASTOR 04/01/2013 05:40



Ah, Barbès et son Tati ! Mes voyages parisiens étant gamin !


Tiens, d'ailleurs, pourquoi Barbès est devenu Barbès ?


Bonne journée L !



mammicha 03/01/2013 19:09


je vais voir sur amazon  parce que les passages que tu nous offre à lire , me toc au cœur ,


la vie de ces personnes  ,on a toujours quelque chose à apprendre d'eux , comment ils vivent l'exclusion , les regards des autres , les tensions au sein de  la famille , qui sont
de cultures différentes , il me plairait à lire


j'aime beaucoup les deux dernières phrases et le reste aussi  , elles en disent tant , sur cette communauté ,


le racisme ,  excuse moi , mais c'est l'horreur entre les peuples , c'est vrai aussi qu'on est racistes même entre villageois , mais ça c'est une autre forme


bonne soirée


bon we

ASTOR 04/01/2013 05:39



Si ces citations t'ont plu, tu peux y aller. Le livre est vraiment sur ce ton là et il est très agréable à lire.


Il m'a permis d'en savoir un peu plus sur Grenoble et sa région par ailleurs puisque la famille passe un certain nombre d'années par là.


Au delà du racisme, c'est la peur et le rejet de la différence notre difficulté.


Bonne journée Mammicha



rosemar 03/01/2013 18:45


Bonsoir ASTOR


on est tous un peu des descendants d'immigrés : mes arrière grands parents sont venus d'Italie s'installer en France, maintenant la vie est plus facile mais être un immigré algérien ,
c'est sans doute compliqué...pour de multiples raisons...les citations sont émouvantes...


Belle soirée ...

ASTOR 04/01/2013 05:33



Bonjour Rosemar


C'est visiblement plus compliqué pour les Algériens, comme tu le dis, pour de multiples raisons.


Les années passant, c'est ce qui m'a surpris, déçu : le temps passe et la situation ne s'arrange pas vraiment...


Bonne journée !



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